Décembre 2025 aura été un mois intense pour l’industrie automobile française. Entre un conflit qui s’envenime chez Flexis, un partenariat surprise avec Ford, et la fermeture d’un pionnier du retrofit, on fait le point sur trois actualités qui en disent long sur les défis de la transition électrique.
Flexis : quand Renault et Volvo ne sont plus sur la même longueur d’onde
C’était censé être le « Tesla des utilitaires ». En avril 2024, Renault et Volvo créaient Flexis, leur coentreprise dédiée aux fourgons électriques nouvelle génération. Moins d’un an plus tard, l’ambiance s’est nettement refroidie entre les deux géants.
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Les chiffres clés de Flexis
| Élément | Détail |
| Date de création | Avril 2024 |
| Actionnaires | Renault (45%), Volvo Trucks (45%), CMA CGM (10%) |
| Investissements prévus | 300M€ par Renault et Volvo + 120M€ par CMA CGM |
| Total investi à ce jour | Environ 750M€ (dont 80M€ en novembre 2024) |
| Employés | Près de 100 personnes |
| Lancement commercial | Fin 2026 (prévu) |
| Lettres d’intention signées | 40 clients |
Le cœur du problème
Le marché des utilitaires électriques, moins dynamique que prévu, pousse Renault à vouloir adapter le business plan. De son côté, Volvo refuse cette révision à la baisse. Résultat ? Un conciliateur a été nommé par le tribunal des affaires économiques de Nanterre pour tenter de rapprocher les positions.
Les points de tension :
- Vision stratégique : Renault veut s’adapter au marché actuel, Volvo préfère maintenir l’ambition initiale
- Valorisation : Renault estime que Flexis a perdu de sa valeur, ce que Volvo conteste fermement
- Rachats de parts : Une solution envisagée serait que Renault rachète les parts de Volvo, mais les deux ne s’entendent pas sur le prix
- Calendrier : Les premiers modèles (Trafic E-Tech, Goelette E-Tech, Estafette E-Tech) doivent sortir fin 2026
Pourquoi c’est important
Cette crise arrive à un moment critique pour l’industrie européenne. Le marché des utilitaires électriques affiche pourtant +64% d’électrification sur un an sur le segment des medium vans (chiffres d’octobre 2025). Mais visiblement, ce n’est pas assez rapide pour les ambitions initiales de Flexis.
Côté Renault, c’est un coup dur après la liquidation judiciaire de sa filiale Hyvia (utilitaires à hydrogène) début 2025. L’usine de Sandouville, qui devait produire ces nouveaux fourgons, attend de savoir de quoi son avenir sera fait.
Le petit plus à savoir : Philippe Divry, CEO de Flexis et ancien de chez Volvo, reste optimiste publiquement en affirmant que « l’entreprise se porte bien et poursuit l’exécution de sa feuille de route ».
Renault & Ford : le duo surprise qui relance l’électrique
Là, personne ne s’y attendait vraiment. Le 9 décembre 2025, Renault et Ford ont annoncé un partenariat stratégique majeur pour développer deux véhicules électriques Ford sur la plateforme Ampere de Renault.
Les détails de l’accord
| Aspect | Information |
| Date d’annonce | 9 décembre 2025 |
| Nombre de véhicules | 2 citadines électriques Ford |
| Plateforme utilisée | AmpR Small de Renault (celle de la R5 et R4) |
| Lieu de production | ElectriCity (Douai & Maubeuge, Nord) |
| Premier modèle en concession | Début 2028 |
| Type de véhicules | Probablement une nouvelle Fiesta électrique + un petit SUV |
Ce que ça va changer concrètement
Pour Ford :
- Un retour en force sur le marché européen (la marque est passée de 6,1% de parts de marché en 2019 à seulement 3,3% sur les 10 premiers mois de 2025 selon l’ACEA)
- L’accès à des citadines électriques abordables, un segment où Ford était totalement absent
- Une alternative crédible face à la concurrence chinoise qui arrive en force
Pour Renault :
- Une optimisation de l’utilisation des capacités de production dans ses usines du Nord
- Une validation internationale de sa plateforme Ampere Small (qui équipe déjà la R5, la R4, la Micra Nissan et l’Alpine A290)
- Des retombées économiques positives pour l’ElectriCity, son pôle 100% électrique qui a produit 100 000 exemplaires de la R5 en seulement 15 mois
Mais attendez, il y a plus !
Les deux constructeurs ont aussi signé une lettre d’intention pour explorer la possibilité de développer et fabriquer ensemble certains véhicules utilitaires légers. Ça pourrait créer un vrai géant européen sur ce segment, capable de tenir tête aux marques chinoises.
Le contexte à comprendre :
Jim Farley, le patron de Ford, a été cash lors de l’annonce : « Nous savons que nous livrons un combat pour notre survie dans notre industrie ». Une phrase qui résume bien l’urgence de la situation pour les constructeurs européens face à la montée en puissance des acteurs chinois.
Ce qui est intéressant, c’est que Ford avait déjà un partenariat avec Volkswagen depuis plusieurs années. Mais Volkswagen tarde à lancer ses nouvelles citadines électriques, alors que la plateforme de Renault est déjà opérationnelle. Le pragmatisme l’a emporté !
TOLV : la fin brutale d’un pionnier du retrofit
Le 9 décembre 2025, Wadie Maaninou, cofondateur de TOLV, a annoncé via LinkedIn la fin des activités de l’entreprise. Un sacré coup dur pour le secteur du retrofit électrique en France.
TOLV en quelques chiffres
| Indicateur | Valeur |
| Année de création | 2018 |
| Spécialité | Retrofit de Renault Trafic et Master |
| Lieu de production | ReFactory Renault, Flins (78) |
| Homologations obtenues | Plusieurs modèles d’utilitaires |
| Nombre d’employés | Environ 40 collaborateurs |
| Redressement judiciaire | 15 octobre 2025 |
| Cessation de paiement | 15 septembre 2025 |
| Fermeture définitive | 9 décembre 2025 |
C’était quoi leur business model ?
TOLV proposait de convertir des véhicules utilitaires thermiques en 100% électriques. Concrètement :
- Vous gardiez votre fourgon
- Ils retiraient le moteur diesel et installaient un kit électrique
- Prix : à partir de 26 900€ HT (avec prime gouvernementale déduite) pour un Master III
- Autonomie : 160 à 200 km selon le modèle
Les avantages promis :
- 2 à 3 fois moins cher qu’un utilitaire électrique neuf
- Conservation de tous les aménagements spécifiques
- Réduction de 60% des coûts d’entretien
- Accès aux Zones à Faibles Émissions (ZFE)
- Vignette Crit’Air 0
Pourquoi ça n’a pas marché ?
Sur le papier, TOLV avait tous les atouts pour réussir. L’entreprise avait décroché un partenariat avec Renault Group en 2022 et obtenu un référencement à l’UGAP, la centrale d’achat public, pour 2025. Plusieurs homologations étaient dans la poche, et l’entreprise avait même signé 40 lettres d’intention avec des clients potentiels. Sa présence au Mondial de l’Auto 2024 témoignait d’une certaine reconnaissance dans le secteur.
Mais ces succès d’étape n’ont pas suffi à compenser les obstacles de fond. Le marché du retrofit peine à décoller en Europe, malgré les arguments écologiques et économiques en sa faveur. La levée de fonds participative lancée sur CrowdCube n’a pas apporté les capitaux nécessaires pour franchir un cap.
À cela s’ajoutent des difficultés structurelles : la complexité réglementaire et technique du retrofit reste importante, les prix des utilitaires électriques neufs baissent progressivement, rendant l’offre moins compétitive, et le soutien financier des pouvoirs publics reste insuffisant pour permettre à ces acteurs émergents de se développer durablement.
TOLV n’est pas un cas isolé
Six mois plus tôt, Lormauto, qui avait fait sensation au Mondial de Paris 2022 avec une Renault Twingo I rétrofitée, a connu le même sort. Les fondateurs attendaient 2,5 millions d’euros de Bpifrance qui ne sont jamais arrivés.
Le marché du retrofit aujourd’hui :
- Principal acteur restant : Qinomic (présent au salon Solutrans)
- Segment des medium vans : +64% d’électrification sur un an, mais le retrofit n’en profite pas
- Problème : les clients préfèrent encore l’achat de véhicules neufs malgré le coût plus élevé
Une industrie automobile européenne à un tournant décisif
Ces trois actualités de décembre 2025 illustrent les mutations profondes que traverse l’industrie automobile européenne dans sa transition vers l’électrique. Entre tensions stratégiques, alliances inattendues et disparitions d’acteurs émergents, le secteur fait face à des défis structurels majeurs.
Des modèles économiques sous pression
Le conflit au sein de Flexis révèle la difficulté d’anticiper l’évolution d’un marché encore jeune. Malgré une croissance de 64% de l’électrification des utilitaires moyens sur un an, les prévisions initiales se heurtent à une réalité plus nuancée. Les investissements massifs consentis par Renault et Volvo témoignent de l’ampleur des enjeux, mais aussi des risques financiers considérables.
La fermeture de TOLV confirme cette tendance. Le retrofit, solution pourtant séduisante sur le papier pour accélérer la transition, peine à trouver son équilibre économique face à la baisse progressive des prix des véhicules électriques neufs et aux complexités réglementaires.
La mutualisation comme stratégie de survie
Le partenariat Renault-Ford marque un tournant dans les stratégies industrielles européennes. Face aux coûts de développement astronomiques et à la montée en puissance des constructeurs chinois, la mutualisation des plateformes et des capacités de production devient une nécessité. L’accord signé le 9 décembre montre que les frontières traditionnelles entre concurrents s’effacent au profit d’une logique de survie collective.
Cette stratégie permet également d’optimiser l’utilisation des outils industriels. L’ElectriCity de Renault, qui a produit 100 000 exemplaires de la R5 en quinze mois, pourra absorber la production de deux modèles Ford supplémentaires, sécurisant ainsi l’emploi dans les usines du Nord de la France.
Un marché européen en restructuration
Ces événements surviennent dans un contexte particulièrement tendu pour l’industrie automobile européenne. La chute des parts de marché de Ford, passées de 6,1% en 2019 à 3,3% sur les dix premiers mois de 2025, illustre l’urgence d’adapter les stratégies commerciales. Jim Farley, le patron de Ford, ne cache d’ailleurs pas la gravité de la situation en évoquant un « combat pour la survie ».
Le secteur des utilitaires, considéré comme stratégique pour les flottes professionnelles et la décarbonation des activités économiques, cristallise ces tensions. Entre les ambitions initiales de Flexis, les difficultés de TOLV et les perspectives ouvertes par le partenariat Renault-Ford sur ce segment, l’année 2026 s’annonce déterminante pour dessiner les contours du paysage automobile européen de demain.
La question n’est plus de savoir si la transition électrique aura lieu, mais à quel rythme et selon quelles configurations industrielles l’Europe parviendra à maintenir sa compétitivité face aux nouveaux acteurs mondiaux.




