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Renault rachète Flexis et reprend les rênes en solo

Renault vient de racheter les parts de Volvo et CMA CGM dans Flexis, le projet de fourgons électriques nouvelle génération. Derrière cette opération, une vraie histoire de tensions et de pari stratégique. On vous raconte tout.

Flexis, c’était quoi au juste ?

En avril 2024, Renault, Volvo Group (45 % chacun) et l’armateur CMA CGM (10 %) créent Flexis. L’objectif de Luca de Meo, alors patron de Renault : faire le « Tesla des utilitaires » avec des fourgons 100 % électriques intelligents, évolutifs et connectés, capables de recevoir des mises à jour logicielles.

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Le projet représente 750 millions d’euros d’investissement. Trois véhicules sont prévus (Trafic, Estafette, Goelette), produits à Sandouville avec une commercialisation début 2027.

Quand François Provost arrive, tout bascule

En juillet 2025, Luca de Meo quitte Renault et François Provost prend les rênes. Ingénieur pragmatique, il a pour mission de « serrer les boulons » financièrement. Problème : le marché des utilitaires électriques décolle moins vite que prévu. Les pros restent frileux.

Renault veut adapter le business plan. Volvo et CMA CGM refusent. Renault estime que Flexis a perdu de la valeur, ses partenaires pensent l’inverse. Blocage total.

Du conflit à la solution

Face à l’impasse, Flexis saisit le tribunal de Nanterre en décembre 2025 pour nommer un conciliateur. La médiation fonctionne : selon Le Monde, un accord est trouvé en février 2026. Renault rachète la totalité des parts (montant non communiqué) et devient l’unique propriétaire.

Un pari risqué mais stratégique

En reprenant Flexis seul, Renault fait un choix fort avec des avantages clairs :

  • Maîtrise totale de la technologie SDV (Software Defined Vehicle)
  • Réactivité : plus besoin de négocier avec deux partenaires
  • Intégration directe dans la stratégie Ampere (véhicules électriques Renault)

Mais les risques sont réels :

  • Charge financière totale à assumer seul
  • Marché incertain : les pros restent prudents sur l’électrique
  • Concurrence : Stellantis domine avec 38,2 % du marché français contre 28,7 % pour Renault
  • Pression : sans le réseau commercial de Volvo Trucks, la bataille sera rude

Les trois véhicules : Trafic, Estafette, Goelette

Le Trafic E-Tech Electric

Quatrième génération du mythique utilitaire lancé en 1980. Design monocorps avec porte-à-faux avant ultra court pour un rayon de braquage comparable à une Clio (10,3 m). Deux longueurs (4,87 m et 5,27 m), hauteur de 1,90 m pour accéder aux parkings souterrains.

La Goelette E-Tech Electric

Nom historique (1947-1965) ressuscité en version modulaire. Trois déclinaisons : châssis-cabine, box et benne. L’avant est identique au Trafic, mais l’arrière non équipé peut être personnalisé à l’infini selon les métiers.

L’Estafette E-Tech Electric

L’iconique utilitaire (1959-1980) fait son retour pour la livraison urbaine. Dimensions particulières : 5,27 m de long, 1,92 m de large, 2,60 m de haut. On peut se tenir debout à l’intérieur (jusqu’à 1,90 m). Porte coulissante intérieure, marchepieds latéraux et rideau coulissant arrière : pensé pour les livreurs.

Une plateforme technologique de pointe

Tous reposent sur une plateforme « skateboard » avec batterie sous le plancher et moteur à l’arrière. L’architecture SDV (Software Defined Vehicle) remplace 80 calculateurs par deux calculateurs centraux Qualcomm : mises à jour automatiques, nouvelles fonctions ajoutées dans le temps.

Performances :

  • Moteur : 218 ch (162 kW) en propulsion arrière
  • Batteries : LFP (jusqu’à 350 km) ou NMC (450 km WLTP)
  • Architecture 800 volts : recharge 15-80 % en 20 minutes
  • Charge utile : jusqu’à 2,5 tonnes
  • Fonctions V2L et V2G

Intérieur : tableau de bord 10 pouces, écran 12 pouces, 22,5 % de matériaux recyclés.

Production à Sandouville

Les trois véhicules seront fabriqués à l’usine Renault de Sandouville (Seine-Maritime) qui emploie 1 850 personnes. Un plan de 550 embauches sur quatre ans avait été annoncé. Production prévue fin 2026.

Les perspectives pour Flexis

Malgré les difficultés du marché, Flexis poursuit sa route. En décembre 2025, 40 lettres d’intention ont été signées avec des clients professionnels. Commercialisation prévue début 2027 après le démarrage de la production fin 2026.

Renault commercialisera ces véhicules sous sa marque, tandis que Flexis continuera d’exister indépendamment pour proposer des services de gestion de flottes. À plus long terme, cette plateforme SDV servira de base à d’autres modèles Renault.

Ce qu’il faut retenir

Le rachat de Flexis par Renault, c’est le pari d’un nouveau patron qui choisit de reprendre seul un projet ambitieux plutôt que de l’abandonner. Les enjeux : maîtriser une technologie d’avenir (SDV), proposer des utilitaires électriques performants, et se positionner sur la transition énergétique.

Le risque ? Porter seul le poids financier dans un marché qui n’a pas encore vraiment décollé. Mais si Renault réussit son coup avec le Trafic, l’Estafette et la Goelette, le constructeur aura une longueur d’avance.

Rendez-vous fin 2026 pour les premiers véhicules sortis de Sandouville. En attendant, Renault joue gros, mais joue à fond.

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